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Jeanne Barret (1740 – 1807) : La première femme exploratrice à faire le tour du monde

Publié par Celine LEVY le

Jeanne est une des premières femmes exploratrices. Au XVIIIe siècle, alors que les femmes sont interdites à bord des bateaux, Jeanne embarque pour un tour du monde déguisée en homme. Cette expérience fera d’elle la première femme à faire le tour du monde mais également, l’une des premières botanistes reconnues. Suivez le périple de cette « femme extraordinaire » …
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1.Qui est Jeanne Barret ?

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Jeanne Barret (1740-1807) : la première femme exploratrice à faire le tour du monde. Grenier Séléné, le blog. Mettez un peu de la magie du passé dans votre intérieur. Décoration, illustrations et bijoux pour un voyage dans le temps. Bring some of the magic of the past into your interior. Decoration, illustrations and jewelry for a travel through time.
Jeanne Barret - auteur inconnu (XIXe siècle)
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Jeanne naît le 27 juillet 1740 dans une famille de Bourgogne. Son père, Jean Barret, était ouvrier agricole et sa mère, Jeanne Ponchard, s’occupait du foyer. Jeanne a eu une enfance pauvre. La vie de labeur de ses parents était bien loin du destin qui attendait Jeanne. A la mort de ses parents, elle quitte la Saône et Loire pour la vie parisienne. Elle dilapide toute sa fortune dans un procès contre son employeur. Elle retourne en Bourgogne vers l’âge de 20 ans où elle travaille comme gouvernante.
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A 22 ans, en 1762, elle rencontre le médecin Philibert Commerson, également botaniste, de 13 ans son aîné. La femme de Philibert est décédée peu de temps après avoir donné naissance à leur fils. Jeanne est embauchée au service de Philibert pour tenir la maison et s’occuper de son fils. Elle l’assiste également dans le classement de ses collections de botanique et dans la réorganisation de jardins, comme celui de Bourg-en-Bresse, Dijon et Lyon. Jeanne fait alors ses premiers pas dans la botanique.
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COMMERSON
Philibert Commerson (1727-1773)
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Leur relation amoureuse n’a jamais été officialisée mais Jeanne tombe enceinte en 1764. Philibert et Jeanne partent alors vivre à Paris. Il laisse son fils, qu’il ne reverra plus, à son beau-frère. Jeanne refusera de mentionner le nom du père de son enfant mais pour les historiens, cela ne fait aucun doute. Il s’agissait de l’enfant de Philibert. A sa naissance, Jeanne place l’enfant à l’assistance publique mais celui-ci ne vivra que quelques mois.
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2. Le tour du Monde à bord de l’Etoile. (1766-1769)

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Jeanne, avec Philibert, bandant sa poitrine pour se faire passer pour un homme à bord de l'Etoile.
Illustration de Marc Bourgne et Cyril Leriche pour Cols bleus du 10 janvier 2004.
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En 1765, Philibert est enrôlé dans l’expédition de Bougainville. Ayant une santé fragile, il emmène Jeanne avec lui, en tant que serviteur payé par le roi. Le problème est qu’à cette époque, les femmes n’ont pas le droit de monter à bord des navires… Jeanne embarque à bord de l’Etoile, le 1er février 1867, à l’âge de 26 ans, déguisée en homme. Ils partent de Rochefort-sur-mer avec pour première destination les Iles Canaries. Jeanne (qui se fait appeler Jean), partage la cabine de Philibert. Tous souffrent lors d’une tempête qui dura 13 jours. L’Etoile prend l’eau. Le voyage n’est pas de tout repos.
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Quelques jours après être partis l’équipage a des doutes sur l’identité de Jeanne. Elle invente une histoire comme quoi elle serait devenue eunuque accidentellement. Elle rejoint les couchettes des matelots pour faire taire les rumeurs. Elle assiste Commerson dans son travail de naturaliste en apprenant à disséquer des poissons. Le 22 mars 1867, l’Etoile passe l’équateur. Comme le veut la tradition une cérémonie est alors organisée. Elle est décrite en détail par Philibert dans son journal. Les marins sont barbouillés de fumée et prêtent serment « Je jure de ne jamais baiser la femme d’un autre marin absent ». Jeanne sauve encore une fois les apparences.
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Bougainvilliea (Photo de Carsten Niehaus)
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Les deux navires de l’expédition, l’Etoile et la Boudeuse, accoste à Rio de Janeiro. Jeanne y découvre alors les délices du café et du sucre. Avec Philibert, elle explore les alentours. Ils découvrent de nouvelles plantes dont une aujourd’hui très célèbre, le Bougainvillae (Bougainvillier), nommé ainsi en l’honneur du commandant, Bougainville. Commerson souffre de sa jambe depuis le départ de l’expédition. Jeanne réalise une grande partie du travail de collecte. Le navire repart en direction du détroit de Magellan. En route, la collection de Commerson s’enrichi de 337 dessins de plantes réalisés avec l’aide de la population locale.
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Hydrophylle de Magellan - Découverte par Commerson lors du passage du détroit de Magellan. ( © MNHN – Françoise Bouazzat)
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Les bateaux passent le détroit en direction de Tahiti où ils accostent en avril 1768. L’accueil y est très chaleureux mais lorsque Jeanne pose le pied à terre, les tahitiens découvrent qu’elle est une femme. Elle est chahutée puis reconduite à bord. Bougainville la questionne alors sur son identité. Elle avoue être montée à bord sous une fausse identité mais protège Philibert en niant son implication. L’ambiance entre les Tahitiens et l’équipage se dégrade rapidement. Une semaine après leur arrivée, les navires repartent.
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Artiste inconnu, "Tahitiens présentant des fruits à Bougainville entouré de ses officiers", environ 1768.
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L’équipage ne tarde pas à découvrir la supercherie sur l’identité de Jeanne. Elle n’a dorénavant plus à se cacher sous des vêtements épais, ce qui est appréciable en plein milieu du pacifique. Les marins semblent l’avoir acceptée mais il n'est pas simple d'être la seule femme à bord. Après une escale dans un comptoir hollandais à l’est de l’Indonésie, les navires accostent sur l’Ile de Java en septembre 1768. Les matelots sont malades et souffrent alors de dysenterie.
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3. L’île Maurice

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8 novembre 1768, ils arrivent à l’Ile de France (actuelle Ile Maurice). Jeanne et Philibert sont alors sommés de rester sur l’Ile Maurice, pour botaniser encore une année. En réalité, ils sont abandonnés sur l’ile (alors française). Bougainville ne souhaitant surement pas rentrer en France avec ce "problème" à bord. Ce fut en réalité une chance. Ensemble, ils explorent l’ile Maurice, l’ile Bourbon et Madagascar. Avec leur protecteur Pierre Poivre, ils participent à la création d’un jardin sur l’Ile Maurice, regroupant 37 hectares, aujourd’hui appelé « Jardin des pamplemousses » . Ensembles, ils collectent 918 espèces de plantes. Cette collection fait encore référence auprès des scientifiques. Philibert, dédie une plante à Jeanne, le Baretia bonnafidia.
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Jardin des pamplemousses Ile Maurice
Actuel « Jardin des pamplemousses », Île Maurice.
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En 1772, Philibert est blessé lors d’une cueillette. Son état de santé s’aggrave. Il décède le 13 mars 1773. Jeanne se retrouve sans moyens financiers. Elle ouvre alors un cabaret à Port-Louis. Elle rencontre un officier de marine française et l’épouse en 1774.
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En 1775, elle rentre en France, en Dordogne, avec son mari, Jean Dubernat. Elle emporte avec elle les collections de Commerson dont les plantes (5000 espèces dont 3000 nouvelles) destinées au jardin du roi (aujourd’hui Jardin des Plantes au Museum National de Paris). Elle touche un héritage de Commerson et le roi reconnait ses mérites en tant qu’aide botaniste. Il lui accorde une rente et la qualifie de  « femme extraordinaire ».
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Jeanne s’éteint en 1807, en Dordogne, ayant vécu une vie de botaniste et d’aventurière accomplie.

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